Les attaques russes et ukrainiennes contre les infrastructures portuaires de la mer Noire perturbent les exportations de céréales. Cette situation fait craindre de nouvelles tensions sur les prix et l’approvisionnement, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.
Le port ukrainien d’Izmaïl, situé sur le Danube, a été frappé dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 août. Cette infrastructure constitue l’une des principales voies utilisées par l’Ukraine pour exporter ses céréales, notamment depuis que plusieurs ports de la mer Noire sont régulièrement ciblés. La Russie est également touchée par les attaques ukrainiennes. Le port de Novorossiïsk, l’un des principaux ports céréaliers russes sur la mer Noire, a notamment été visé. Les deux grands fournisseurs mondiaux de blé et de maïs voient ainsi leurs capacités d’exportation fragilisées.
Les exportations ukrainiennes chutent
Les conséquences se font déjà sentir en Ukraine. Au cours des deux premières semaines d’août, les exportations de céréales ukrainiennes ont diminué de 76 % par rapport à la même période de 2025. La situation est d’autant plus préoccupante que la récolte de blé est en cours. Avec des infrastructures endommagées et des capacités d’évacuation limitées, les stocks commencent à s’accumuler dans les silos. Certains agriculteurs sont contraints de vendre leur production à perte, alors que leurs revenus sont nécessaires pour financer les prochaines campagnes agricoles.
Les marchés sous pression
Les perturbations dans la région de la mer Noire peuvent également avoir des conséquences sur les marchés mondiaux. Une baisse des volumes disponibles oblige les acheteurs à se tourner vers d’autres fournisseurs, notamment les États-Unis, ce qui peut entraîner une hausse des coûts de transport et des prix. Après les dernières frappes, le prix du blé a notamment progressé de 3,65 % à la Bourse de Chicago. Le maïs a également enregistré une hausse.
Cette situation concerne particulièrement certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient fortement dépendants des importations de céréales en provenance de la région de la mer Noire. Une diminution de l’offre pourrait donc entraîner à la fois des difficultés d’approvisionnement et une augmentation des prix alimentaires.
Des alternatives limitées
L’Ukraine tente de maintenir ses exportations en utilisant notamment le rail et les voies fluviales du Danube. Mais ces itinéraires ne disposent pas des mêmes capacités que les grands ports de la mer Noire et présentent des coûts plus élevés. Selon les autorités ukrainiennes, ces voies alternatives pourraient à terme assurer environ la moitié de la capacité mensuelle des ports de la mer Noire. Leur utilisation entraîne par ailleurs un surcoût estimé entre 45 et 50 dollars par tonne.
À court terme, l’Ukraine cherche donc à renforcer ses infrastructures ferroviaires, ses ports du Danube et ses capacités de stockage. Mais ces solutions ne permettent pas de remplacer immédiatement les volumes habituellement exportés par la mer Noire.
L’enjeu dépasse ainsi les seules infrastructures portuaires. Si les exportations restent durablement perturbées, les stocks pourraient continuer à augmenter en Ukraine, fragilisant les revenus des agriculteurs et leur capacité à financer les prochaines campagnes.
Pour les pays d’Afrique et du Moyen-Orient dépendants des céréales de la région, le risque est double : une offre plus limitée et des prix plus élevés.
