La vague de chaleur historique qui touche la France fragilise les infrastructures énergétiques du pays. Câbles souterrains en surchauffe, transformateurs défaillants, réacteurs nucléaires contraints de réduire leur activité : le réseau électrique national plie sous la combinaison d’une demande en hausse et de contraintes thermiques extrêmes.
La multiplication des pannes touche en priorité la distribution urbaine. À la mi-journée mercredi 24 juin, 68 000 foyers restaient privés de courant dans le Finistère après l’avarie d’un transformateur à Ergué-Gabéric. Le Vaucluse, Dijon, Toulouse et Cergy ont également connu des coupures majeures ces dernières heures. En cause : l’îlot de chaleur urbain, qui empêche le refroidissement nocturne du sol sous le bitume des villes. Pour une température de 40°C dans l’air, le sous-sol peut grimper jusqu’à 80°C, fragilisant les 15 000 kilomètres de lignes de moyenne tension les plus anciennes ainsi que leurs boîtes de jonction.
Le parc nucléaire est également affecté. Pour respecter les normes environnementales protégeant les écosystèmes aquatiques, EDF a mis à l’arrêt complet un réacteur de la centrale de Golfech, la température de la Garonne menaçant de dépasser le seuil réglementaire de 28°C. Deux autres réacteurs, dans l’Aube et dans l’Ain, fonctionnent en sous-régime, tandis que les sites du Blayais et de Saint-Alban sont sous surveillance maximale. Les pertes totales atteignent 2,2 GW, soit 3,5 % de la puissance installée du parc nucléaire français. Si l’impact reste limité cette année (0,3 % de baisse de production annuelle), les projections anticipent une perte de 1,5 % à l’horizon 2050 en raison de la répétition des canicules.
Face à cette situation, RTE, Enedis et EDF prévoient des investissements considérables d’ici 2040 pour adapter le réseau : respectivement 94, 96 et 8,7 milliards d’euros.
