Le Parlement français a adopté définitivement mardi 16 juin une loi de réparation en faveur des plus de 2 000 mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit la création d’une commission mémorielle, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et le versement d’une allocation forfaitaire aux victimes ou à leurs descendants.
Le vote du Sénat a été unanime, quelques mois après un vote identique à l’Assemblée nationale. La loi, portée par la députée réunionnaise Karine Lebon, reconnaît la responsabilité de l’État dans ce scandale qui avait vu 2 015 mineurs réunionnais transplantés dans 83 départements hexagonaux, principalement ruraux, dont la Creuse, département ayant accueilli le plus grand nombre d’enfants et qui a donné son nom à ce drame.
Cette politique visait officiellement à répondre à la croissance démographique de La Réunion et à repeupler des zones rurales de métropole. Dans les faits, elle a entraîné des changements d’état civil brutaux, des séparations familiales définitives et, pour nombre d’entre eux, des maltraitances et humiliations à l’origine de traumatismes profonds. Ces enfants étaient de tous âges, des nouveau-nés aux adolescents.
La ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou a salué l’adoption d’un « texte de justice et de dignité » touchant aux « parts d’ombre » de l’histoire de France. La sénatrice réunionnaise Viviane Malet a quant à elle évoqué « une nouvelle pierre mémorielle dans un long chemin de reconstruction ».
Parmi les victimes présentes lors du vote, Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des Drom. Adoptée en 1969, séparée de ses frères et sœurs, elle avait cru pendant des années s’appeler Valérie et être née dans la Creuse, avant de découvrir à 16 ans un document révélant ses véritables origines.
En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique d’État de « faute » ayant « aggravé la détresse » de ces mineurs. La loi adoptée mardi s’inscrit dans la continuité des dispositifs similaires mis en place pour les rapatriés d’Afrique du Nord en 2005 et pour les harkis en 2022.
