Quelques heures après que le président Volodymyr Zelensky a soumis mardi 18 août ses candidats aux postes de ministres de la Défense et des Affaires étrangères à la Rada, l’ex-ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a franchi un pas inédit en appelant publiquement à l’organisation d’élections en Ukraine, malgré l’invasion russe. Une première depuis le début du conflit en février 2022.
Dans une allocution diffusée sur YouTube, Fedorov a affirmé que « la démocratie ne peut pas être retenue en otage par la Russie » et plaidé pour « un mécanisme légal, sûr et réaliste qui permettra à l’Ukraine de restaurer un processus démocratique complet même en pleine guerre prolongée ». Il a reconnu les difficultés d’un tel scrutin, notamment pour garantir le droit de vote des militaires, des habitants proches du front et des millions de réfugiés ukrainiens à l’étranger, avant d’affirmer que « complexité ne signifie pas impossibilité ».
Le ton marque un net changement par rapport à ses prises de parole précédentes, où l’ancien ministre se montrait encore conciliant à l’égard de Zelensky. Désormais certain de ne pas être rappelé dans l’immédiat à la Défense, Fedorov estime que l’Ukraine traverse une « crise systémique de gouvernance » et dénonce un système qui « vit trop souvent selon ses propres règles » et « a peur du changement ».
Il accuse également la corruption d’avoir contribué à son éviction. Nommé à la Défense en janvier à 35 ans, il n’aura occupé ce poste que six mois. Selon lui, sa réforme des procédures d’acquisition de matériel militaire, portant sur des milliards de dollars d’équipements, aurait joué un rôle dans son limogeage. « En temps de guerre, chaque centime destiné à la défense doit y être consacré », a-t-il déclaré, dénonçant tout détournement au profit d’intérêts privés ou politiques.
La présidence ukrainienne n’a pas réagi dans l’immédiat. Mais en s’exprimant ainsi, Fedorov confirme son statut de rival potentiel pour Zelensky, soutenu par une partie de l’opinion. Des manifestations en sa faveur avaient régulièrement rassemblé des milliers de personnes à Kiev le mois dernier. Une nouvelle mobilisation est prévue devant le Parlement mercredi matin.
