Les révélations sur les rémunérations supplémentaires que Gianni Infantino aurait perçues en 2024 dépassent la seule question de son salaire. Elles remettent au premier plan les mécanismes de contrôle financier de la FIFA et les obligations de transparence imposées à ses dirigeants. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, cette affaire pourrait compliquer la défense de son bilan.
La controverse qui entoure Gianni Infantino pose une question fondamentale : comment une organisation internationale peut-elle garantir la transparence de ses dirigeants si des rémunérations versées par des structures liées à ses compétitions ne sont pas clairement présentées dans ses documents publics ? Selon une enquête du Times, le président de la FIFA aurait reçu 1,76 million de dollars supplémentaires en 2024 de la part de FWC2026 US Inc., une société américaine liée à l’organisation du Mondial 2026. Ce montant n’apparaîtrait pas dans la rémunération publiée par la FIFA pour cette année-là.
Le rapport financier officiel fait état de 4,274 millions de francs suisses de rémunération pour Infantino en 2024. Les révélations du quotidien britannique suggèrent donc que les revenus liés à ses fonctions pourraient avoir été plus importants que ceux présentés dans ce rapport. La question n’est pas simplement de savoir combien gagne le président de la FIFA. Elle consiste aussi à déterminer si toutes les sommes qui lui sont versées dans le cadre de ses fonctions sont déclarées conformément aux règles de l’organisation.
Des règles de transparence déjà inscrites dans les statuts
La FIFA prévoit dans ses statuts que la rémunération individuelle de son président, des membres de son Conseil et de son secrétaire général doit être rendue publique. Cette exigence vise à permettre aux associations membres et au public de comprendre les conditions financières dans lesquelles les principaux dirigeants exercent leurs responsabilités. Le cas rapporté par le Times soulève donc une question précise : les sommes versées par une structure liée à l’organisation de la Coupe du monde devaient-elles être intégrées à la rémunération rendue publique par la FIFA ?
Pour y répondre, il faudra examiner la nature exacte des versements, leur traitement comptable, les obligations de déclaration applicables et les responsabilités respectives des différentes entités concernées. Miguel Maduro, ancien président de la commission de gouvernance de la FIFA, estime que les révélations méritent un examen indépendant. Son appréciation souligne la gravité des questions soulevées, mais elle ne constitue pas une décision officielle établissant une violation des règles.
Une affaire qui s’ajoute à d’autres tensions
Cette polémique intervient dans un contexte déjà tendu pour le président de la FIFA. Son projet de création d’une structure commerciale susceptible d’accueillir des investisseurs privés pour exploiter une partie des actifs des compétitions de l’instance a rencontré une forte opposition. Des responsables du football ont réclamé davantage de transparence sur cette initiative et sur la gestion des réserves financières de l’organisation. L’UEFA et la Concacaf ont notamment défendu une meilleure redistribution des ressources de la FIFA à ses associations membres. Ces désaccords ne portent pas exactement sur le même sujet que les rémunérations rapportées par le Times. Ils alimentent toutefois un débat plus large sur la manière dont les décisions financières sont prises, contrôlées et communiquées au sein de l’instance mondiale.
L’accumulation de controverses peut fragiliser la confiance entre la direction de la FIFA et certaines de ses composantes. Elle peut également accroître la pression pour la mise en place de contrôles indépendants.
L’élection de 2027 en toile de fond
Gianni Infantino reste un candidat sérieux à sa propre succession. Le soutien des 54 associations membres de la CAF, exprimé début octobre, constitue un appui politique important. Mais les soutiens institutionnels ne font pas disparaître les questions sur la transparence. À l’approche du scrutin de mars 2027, ses adversaires pourraient s’appuyer sur cette affaire pour demander davantage de garanties en matière de gouvernance. L’enjeu dépasse donc la seule situation personnelle du président. Il concerne la confiance accordée aux mécanismes de contrôle d’une organisation qui gère les principales compétitions internationales et redistribue des ressources importantes aux fédérations.
Pour la FIFA, la meilleure réponse à cette polémique passera par des explications vérifiables. À défaut, le doute risque de s’installer durablement autour de la gestion financière de son président.
