Le nouveau pouvoir pro-européen en Hongrie a annoncé mardi 8 septembre l’expulsion de dix membres de la représentation diplomatique russe en raison d’« activités inacceptables ». Une première depuis 2018 dans ce pays qui affichait auparavant ses positions prorusses sous la houlette du nationaliste Viktor Orbán.
« Dix collaborateurs de la représentation russe ont mené en Hongrie des activités qui, au regard de la Convention de Vienne, ne sont pas acceptables de la part de diplomates », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Anita Orbán, qui n’a pas de lien de parenté avec l’ancien Premier ministre. La partie hongroise a enjoint les personnes concernées à quitter le territoire, sans que la ministre précise la nature des activités reprochées.
Des soupçons d’infiltration des services russes
Sur les 47 employés de l’ambassade russe à Budapest, quinze au moins auraient des liens avec les services secrets du Kremlin, selon le média russe indépendant Agentstvo. Le journal hongrois Telex a par ailleurs révélé que les services de renseignement de Vladimir Poutine auraient tenté d’infiltrer le gouvernement de Péter Magyar.
Après avoir limogé des fonctionnaires jugés trop proches du régime Orbán, le nouveau gouvernement recrute en effet de jeunes diplômés. Un diplomate russe travaillant pour le SVR, le renseignement extérieur russe, aurait ainsi approché un jeune Hongrois et l’aurait encouragé à se présenter à un poste haut placé. Mais son embauche nécessitant l’aval des services secrets hongrois, ces derniers ont découvert sa relation avec l’espion russe.
Une première depuis l’affaire Skripal en 2018
En mars 2018, dans le cadre de l’action coordonnée des pays occidentaux après l’empoisonnement au Royaume-Uni de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, la Hongrie avait expulsé un diplomate russe considéré comme un officier du renseignement. L’expulsion annoncée ce mardi est la première officiellement communiquée par Budapest depuis cette date, bien que le média VSquare ait affirmé en mai qu’un diplomate russe soupçonné d’espionnage et son épouse avaient été discrètement expulsés quelques jours plus tôt.
Un changement de doctrine assumé
Après 2022, la Hongrie, membre de l’UE mais restée proche du Kremlin malgré l’invasion russe de l’Ukraine, ne s’était pas associée aux expulsions massives de diplomates russes décidées par plusieurs pays européens. Depuis la défaite de Viktor Orbán aux législatives d’avril, le nouveau Premier ministre Péter Magyar a opéré un rapprochement avec ses partenaires de l’UE, et la ministre des Affaires étrangères avait déjà désigné la Russie comme une menace pour la Hongrie.
La Russie a rapidement réagi en promettant une riposte sévère et douloureuse. Le porte-parole de l’Union européenne, Christian Wigand, a de son côté qualifié cette expulsion de réaction attendue face à la campagne persistante menée par la Russie, recourant à des attaques hybrides contre l’UE et ses États membres, assurant que l’Union continuerait à coordonner étroitement avec la Hongrie et les autres États membres.
