Les cyberattaques contre les services publics français se multiplient depuis plusieurs années. France Travail, les impôts, l’Éducation nationale, le Logement ou encore les services départementaux d’incendie et de secours ont récemment été ciblés, entraînant notamment des fuites de données personnelles.
En 2025, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a recensé 6 167 violations de données, soit près de 10 % de plus qu’en 2024. Les administrations publiques figurent parmi les secteurs les plus touchés. La centralisation croissante des informations liée à la dématérialisation augmente également les conséquences potentielles d’une intrusion. Une étude de Surfshark publiée en 2026 classe par ailleurs la France au deuxième rang mondial des pays les plus touchés par les violations de données, derrière les États-Unis, et au premier rang dans l’Union européenne. Plus de 40 millions de comptes auraient été compromis dans le pays en 2025.
Les failles ne sont toutefois pas uniquement liées aux infrastructures. Des erreurs humaines, un manque de formation ou la difficulté pour certains agents à signaler les problèmes rencontrés peuvent également ouvrir des brèches dans les systèmes informatiques.
Des infrastructures encore insuffisamment sécurisées
La dématérialisation et le recours à de nombreux prestataires privés peuvent aussi compliquer la maîtrise des réseaux et leur sécurisation. La Direction générale des finances publiques, notamment, a été victime de piratages en juin et juillet 2026. La France accuse également un retard dans la mise en œuvre de la directive européenne NIS 2, destinée notamment à renforcer la cybersécurité des entités essentielles et à généraliser des mesures comme l’authentification multifacteur. En juillet, la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’Union européenne contre Paris pour son retard dans la transposition du texte.
Après les récentes attaques, le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé les ministres à un « sursaut sur le volet cyber ». Mais pour Florence Sèdes, professeure d’informatique, la priorité doit être donnée à la sécurité dès la conception des infrastructures, plutôt qu’à l’ajout de nouvelles structures après les attaques.
Des conséquences financières et sociales importantes
Le coût global des attaques contre les services publics reste difficile à mesurer, faute de données précises sur leurs conséquences. Plusieurs exemples locaux montrent toutefois l’ampleur des dépenses nécessaires pour reconstruire les systèmes informatiques après une attaque : sept millions d’euros pour l’hôpital de Corbeil-Essonnes, 2,3 millions pour celui de Dax et au moins 1,5 million pour la ville de Bondy.
Au-delà des dépenses techniques, les fuites de données représentent également un coût pour les citoyens. Des informations apparemment anodines, recoupées à partir de plusieurs sources, peuvent permettre de reconstituer des données sensibles. Ces failles peuvent ainsi fragiliser la confiance envers les institutions et poser la question de la capacité de l’État à protéger les données qui lui sont confiées.
