La tension reste forte à Ceuta, enclave espagnole située au nord du Maroc, près d’un mois après l’arrivée massive d’environ 72 000 migrants. La plupart ont depuis quitté le territoire, mais près de 7 000 personnes y seraient encore présentes. Jeudi soir, une manifestation d’habitants dénonçant notamment des problèmes de sécurité et d’hygiène a dégénéré en affrontements avec la police.
Des images diffusées par les médias locaux montrent des manifestants défilant dans les rues avec un immense drapeau espagnol. Certains ont incendié un campement de migrants installé sur une plage, tandis que d’autres ont bloqué une rue pour empêcher le passage d’un camion de la Croix-Rouge chargé de distribuer des repas. La police est intervenue et des affrontements ont éclaté avec les manifestants, mais également avec des migrants.
La situation est tendue depuis plusieurs semaines. Les habitants de Ceuta dénoncent les conditions de sécurité et d’hygiène et réclament l’expulsion des migrants. Parmi les personnes encore présentes, certains mineurs ont été pris en charge dans des centres d’hébergement, mais beaucoup vivent toujours dans la rue ou dorment sur les plages, dans des conditions sanitaires précaires et avec un accès limité à l’eau et à la nourriture.
Les capacités d’hébergement de Ceuta restent très limitées en raison de la taille réduite du territoire. Le gouvernement espagnol a annoncé plusieurs mesures pour tenter de désamorcer la crise, notamment l’ouverture de nouveaux lieux d’accueil, l’expulsion des migrants concernés par ces procédures et le transfert de mineurs vers le continent.
Mais la situation demeure bloquée.
La droite et l’extrême droite espagnoles se sont emparées du sujet. La députée du Parti populaire, Ana Vasquez, a accusé vendredi le gouvernement de ne pas avoir apporté une réponse suffisante à la crise et de laisser les habitants de Ceuta dans une situation difficile. Le parti d’extrême droite Vox réclame pour sa part l’expulsion de tous les migrants, la militarisation de la frontière ainsi que la suspension de l’accord entre l’Union européenne et le Maroc. Un rassemblement de soutien à Ceuta est également prévu mercredi prochain dans plusieurs villes espagnoles.
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a rejeté les discours de la droite et de l’extrême droite, estimant qu’ils étaient incompatibles avec les principes démocratiques et le respect de la dignité humaine. Il a rappelé que les migrants concernés sont notamment des hommes, des femmes et des enfants qui doivent bénéficier de la protection prévue par la loi.
Sur le terrain, des ONG demandent de leur côté que les procédures d’identification et d’enregistrement soient accélérées, tout comme l’examen des demandes d’asile. Elles dénoncent également la lenteur des autorités. Alors que les conditions humanitaires se dégradent, la question migratoire s’impose ainsi comme un sujet politique majeur en Espagne, à quelques mois des élections législatives.
