Le Sénat français examine mardi 21 juillet un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Si le texte est adopté, comme les pronostics le laissent envisager, l’interdiction entrera en vigueur dès le 1er septembre 2026, faisant de la France un pays pionnier dans l’Union européenne sur la question de la majorité numérique.
Concrètement, les moins de 15 ans ne pourront plus créer de compte sur les plateformes à partir du 1er septembre. Ceux qui disposent déjà d’un compte auront jusqu’au 1er janvier 2027 pour le supprimer. Le texte prévoit également l’interdiction du téléphone portable dans les lycées. Seuls quelques partis de gauche ont annoncé s’abstenir ou voter contre le texte. Pour les associations de protection de l’enfance, cette loi envoie un signal fort. Inès Legendre, responsable du plaidoyer à E-Enfance, rappelle que les jeunes de moins de 15 ans sont régulièrement exposés sur TikTok, Instagram ou Snapchat au cyberharcèlement, au chantage sexuel et aux contacts inappropriés avec des adultes. Elle alerte également sur les effets des algorithmes, qui peuvent amplifier des comportements à risque comme l’anorexie.
Toutefois, la sénatrice rapporteure Catherine Morin-Desailly reconnaît le caractère avant tout symbolique de la mesure. Elle insiste sur la nécessité d’une régulation à l’échelle européenne, seule à même de contraindre les grandes plateformes numériques à vérifier l’âge de leurs utilisateurs. L’exemple australien illustre les limites d’une telle interdiction. Depuis le vote d’une loi similaire en décembre 2025, interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une étude menée auprès de 400 jeunes montre que leurs pratiques numériques n’ont pas significativement évolué. Les mineurs contournent les restrictions en utilisant des comptes de personnes plus âgées, en créant de faux profils ou en naviguant en mode privé.
Pour E-Enfance, l’interdiction totale ne constitue pas la solution idéale. Les réseaux sociaux offrent aussi aux jeunes isolés des espaces de création et d’expression. L’association plaide plutôt pour un modèle de navigation numérique adapté à chaque tranche d’âge et un renforcement de la prévention auprès des jeunes concernés. En cas de cyberharcèlement impliquant un mineur, le numéro 3018 est disponible pour répondre aux questions et signalements.
