Des milliers de personnes, majoritairement de jeunes Marocains, ont franchi illégalement à la nage la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, jeudi 30 juillet. Au moins une quinzaine de victimes ont été recensées. L’Espagne a fermé la frontière et mobilisé l’armée pour faire face à un afflux sans précédent. La crise prend une dimension diplomatique avec une demande de l’Italie d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen.
En quelques jours, plus de 1 500 personnes ont pénétré illégalement dans l’enclave espagnole. Parmi elles, des jeunes hommes, des femmes, des mineurs et des personnes âgées. Dans les premières heures, la police marocaine s’est montrée passive, facilitant l’entrée massive. Côté espagnol, les forces de l’ordre ont été rapidement débordées, poussant le Premier ministre Pedro Sanchez, qui s’est rendu sur place, à demander l’intervention de l’armée et à ordonner la fermeture de la frontière.
La ruée vers Ceuta s’explique par une décision rendue le 8 juillet par le tribunal suprême espagnol, réaffirmant que tout migrant passant illégalement par voie terrestre peut être immédiatement renvoyé au Maroc, mais pas ceux entrés par la mer. L’écho de cette disposition juridique, amplifiée sur les réseaux sociaux, a déclenché cet afflux massif. Des candidats au départ, certains équipés de combinaisons de plongée et de palmes, se sont jetés à l’eau dans une zone parcourue par de puissants courants, nécessitant plusieurs heures de nage pour atteindre l’enclave.
Au Maroc, des jeunes continuaient de converger vers le nord du pays jeudi soir. Des scènes anormales ont été observées autour des gares routières de Rabat, avec des contrôles renforcés pour filtrer les déplacements vers les villes du nord. Beaucoup semblent avoir cru à des rumeurs d’ouverture officielle de la frontière circulant sur les réseaux sociaux.
Sur le plan diplomatique, la crise prend de l’ampleur. L’Italie, par la voix de la présidente du Conseil Giorgia Meloni et de son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, a demandé la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, une proposition qualifiée de « démagogique » par Madrid. Rome lie cette crise à la campagne de régularisation lancée en avril par le gouvernement espagnol en faveur de plus d’un demi-million de migrants sans papiers. Le commissaire européen aux migrations Magnus Brunner a de son côté proposé à l’Espagne le renfort de l’agence Frontex et préconisé le retour rapide des migrants vers le Maroc.
Le Maroc et l’Espagne ont convenu de renforcer leur coordination et de mettre en œuvre des mesures de rapatriement dans les plus brefs délais.
