En République démocratique du Congo, l’éventualité d’un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi alimente un débat politique de plus en plus intense. Alors que la Constitution limite actuellement le chef de l’État à deux mandats, certains cadres du pouvoir plaident pour une révision de la loi fondamentale, invoquant des raisons qu’ils jugent à la fois historiques, politiques et sécuritaires.
À l’origine de cette controverse, la position affirmée par Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Devant les militants du parti présidentiel à Kinshasa, il a déclaré que le régime entendait « toucher » à la Constitution. Pour lui, une telle démarche s’inscrit dans la continuité de l’histoire politique du pays, rappelant que plusieurs dirigeants congolais ont déjà procédé à des révisions constitutionnelles. Il a notamment évoqué les modifications opérées sous les régimes de Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.
Parmi les arguments avancés par certains proches du pouvoir figure également l’idée que le mandat du président Tshisekedi relèverait davantage d’une « mission » que d’un simple exercice du pouvoir limité dans le temps. Dans cette perspective, les partisans d’une révision constitutionnelle estiment que la continuité du leadership serait nécessaire pour consolider les réformes engagées depuis 2019 et poursuivre la stabilisation des institutions.
D’autres responsables politiques mettent en avant le contexte sécuritaire particulièrement fragile dans l’est du pays. Selon eux, la persistance des violences armées et l’instabilité régionale pourraient justifier une adaptation du calendrier politique, certains allant jusqu’à suggérer la suspension ou la limitation des échéances électorales tant que la situation sécuritaire ne sera pas totalement maîtrisée.
Cette argumentation est toutefois loin de faire l’unanimité. L’opposition et plusieurs figures politiques dénoncent une initiative qui pourrait fragiliser l’équilibre institutionnel du pays. L’opposant Martin Fayulu a notamment jugé ce débat « inopportun », appelant les Congolais à se concentrer sur les priorités nationales.
De son côté, Jean-Marc Kabund a qualifié l’idée d’un troisième mandat de « moralement inacceptable » et « politiquement irresponsable ».Même au sein de la majorité, certaines voix se montrent prudentes. Le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati, s’est ainsi publiquement opposé à toute modification constitutionnelle visant à prolonger la durée du pouvoir présidentiel.
Le président Tshisekedi est censé achever son second mandat en 2028, le débat sur une éventuelle révision de la Constitution s’annonce comme l’un des dossiers politiques les plus sensibles des prochaines années en République démocratique du Congo.
Samuel Richard KAKPO
